Faible accès des femmes à la contraception : le Bénin plaidera t-il coupable en 2020 ?

Le mouvement FP 2020 né du sommet de Londres sur la planification familiale en 2012 et le Partenariat de Ouagadougou (en phase d’accélération depuis 2016) sont deux mouvements d’engagement en faveur de la PF auxquels appartient le Bénin. Ces deux mouvements ont un objectif en commun: le renforcement de la demande et de l’offre en planification familiale pour atteindre de nouvelles utilisatrices de contraception moderne en 2020. Quel sera à cette occasion le bilan du Bénin ?

Un ensemble de produits contraceptifs pour contrôler les naissances. Photo: Nouvelle Tribune Info

Depuis le sommet de Londres sur la planification familiale en 2012 qui a donné naissance au mouvement Family Planning 2020 (FP 2020), la conférence internationale d’Addis-Abeba en 2013, le Bénin a exprimé de fortes ambitions pour améliorer et favoriser l’accès des femmes aux services de Planification Familiale (PF). Au nombre de ces ambitions se trouve  l’accroissement du taux de prévalence contraceptive (méthodes modernes de contraception) à 20% à l’horizon 2018.

Cet engagement (disponible en anglais) pris dans le cadre du mouvement FP 2020 sur la planification familiale est clairement écrit dans le Plan d’action national budgétisé pour le repositionnement de la planification familiale (PANB-PF) pour la période 2014-2018 élaboré par la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME). Un document de référence qui énumère les défis prioritaires en PF du pays, indique des objectifs de prévalence contraceptive, des stratégies pour relever les défis et un budget d’ambition qui s’élève à plus de 10 milliards de francs CFA sur cinq ans pour faire du droits d’accès des citoyens aux services de PF une réalité.

Objectif de prévalence contraceptive et d’utilisatrice de la PF d’ici 2018 au Bénin. Capture du Plan action national budgétisé pour la PF (2014-2018) à la page 18.

À cette première échéance de 2018, l’on peut déjà se questionner sur les résultats obtenus dans la réalisation de ces ambitions par les décideurs. Au niveau international, les idées innovantes exprimées par le pays sont perçues comme une volonté politique des décideurs pour transformer positivement la situation des femmes qui manquent des opportunités de la PF pour contrôler leurs naissances et avoir un enfant selon leur désir. Mais au plan local, les résultats que devraient engendrer les engagements sont peu perceptibles. Pour exemple, le rapport préliminaire de l’Enquête démographique et de santé (EDSB 2017-2018), indique qu’au Bénin, encore 32% des femmes actuellement en union, ont des besoins non satisfaits en matière de PF.

Les indicateurs de la cinquième Enquête démographique et de santé (EDSB 2017-2018) sur le chantier de la planification familiale ne traduisent pas les espoirs portés par le Plan d’action de 2014. Ni moins des engagements du Bénin à l’échelle internationale. A contrario, ces indicateurs révèlent que le Bénin ne s’est pas suffisamment investi dans la PF ces cinq dernières années et que les décideurs devraient transformer les engagements en des actes concrets.

Selon les statistiques avancées dans le rapport de l’EDS 2017, le Bénin est à un taux de prévalence contraceptive (TPC)  de 12,4 %. « Si on compare ce taux de prévalence contraceptive du Bénin avec les taux de la sous région, je veux parler du Togo, du Niger, du Burkina, du Sénégal…on peut dire qu’on tient la lanterne rouge. Donc, beaucoup d’efforts restent à consentir aussi bien par le gouvernement mais aussi par les organisations de la société civile qui doivent également prendre une part active dans le repositionnement de la planification familiale » remarque Nourou Adjibadé, le Directeur exécutif de Ceradis Ong.

Ce taux actuel du Bénin est non seulement faible, mais surtout donne l’impression que depuis 2014, les investissements faits dans la PF n’ont pas induit de nouvelles utilisatrices des méthodes contraceptives. En effet, l’Enquête par grappes à indicateurs multiples du Bénin (MICS 2014) indiquait déjà un taux de prévalence contraceptive  (la proportion de femmes qui utilisent des contraceptifs modernes) à 12,5 % depuis 2014. Comment le Bénin soit autour du même taux de prévalence alors qu’il dispose d’un Plan d’action national budgétisé (pour la période 2014-2018) qui ambitionnait un taux de 20% en 2018 ?

Mieux, le Plan national de développement sanitaire (PNDS 2009-2018) a inscrit comme priorité la promotion de la planification familiale comme moyen de réduction de la mortalité maternelle et néonatale. Ce plan avait un objectif modeste de porter le taux de prévalence contraceptive à 15% en 2016. Deux ans après, cet objectif est loin d’être atteint alors que le Partenariat de Ouagadougou (PO) dont le Bénin est membre est en pleine « phase d’accélération » depuis 2016 pour toucher au moins 2,2 million de nouvelles utilisatrices de méthodes contraceptives modernes d’ici 2020. Dans cet engagement pour 2020, le Bénin à une partition à jouer.

 

Faible accès des femmes à la contraception au Bénin : pourquoi cette stagnation autour de 12% entre les enquêtes MICS (2014) et EDSB (2017) 

 

« Ce qui explique cela, c’est la situation des femmes qui sont en demande. C’est-à-dire des femmes qui demandent à être mis sous méthodes contraceptives mais qui n’ont pas accès » explique Nourou Adjibadé de Ceradis-Ong indexant les besoins non satisfaits en planification familiale estimés à 32% par l’EDSB 2017.

Imaginez-vous qu’on arrive à satisfaire ces 30% qui sont dans le besoin ; on serait autour de 42%. Donc, il faut quand même que le gouvernement, les Ongs et les partenaires techniques et financiers se donnent la main pour qu’on puisse véritablement au moins couvrir ses besoins non satisfaits avant de susciter d’autres demandes au niveau de la population. Et là, le taux de prévalence contraceptive serait à un taux acceptable ».

Elles méritent d’avoir accès aux avantages de la planification familiale pour contrôler leurs naissances et avoir le temps de s’épanouir et de développer leurs potentiels. Photo: Bismarck Sossa

D’autres facteurs expliquent cette stagnation du Bénin. Et cela appelle à un leadership suffisamment affirmé pour apporter des réponses adéquates. Ne serais-ce que les volets liés à l’offre et à la demande des services PF, les défis sont peu relevés et sont liés au :

  • Au faible accès géographique des femmes dans les aires sanitaires
  • La faible qualité de l’offre
  • La rupture de stock des produits contraceptifs au niveau des points de prestation
  • L’inadéquation des services offerts aux jeunes et adolescents
  • L’inéquitable offre des services PF par les OSC et le secteur privé entre les départements
  • La faible implication des hommes dans la PF
  • La discontinuité des activités de sensibilisation des populations (elles n’ont pas égal accès aux informations et activités de sensibilisation)
  • Les canaux de transmission des messages d’impact sont peu appropriés (les radios communautaires par exemple sont peu utilisées et sont peu engagées)

L’accès aux contraceptifs modernes est un volet majeur dans l’ensemble des services de planification familiale. Un investissement adéquat devrait contribuer à offrir aux femmes, l’opportunité d’avoir les moyens de contrôler leurs naissances et de participer pleinement au développement économique du pays. Mais là encore, le gouvernement devra donner des preuves de sa volonté pour susciter l’intérêt des partenaires pour le financement adéquat de la PF. L’engagement du Bénin d’allouer 250 millions de francs CFA d’ici 2018 à l’achat des produits contraceptifs n’est pas encore une réalité.

 

Objectif du Partenariat de Ouagadougou en 2020 ou du FP 2020 : le Bénin devra réellement accélérer

 

Au delà d’une question de santé, la planification familiale est une question de développement qui mérite autant d’attention de la part du gouvernement béninois engagé sur le chemin de la réalisation des Objectifs du développement durable (ODD). Cela est d’autant plus réel que la « phase d’accélération » du Partenariat de Ouagadougou pour la période 2016-2020 engage chaque pays à  renforcer les acquis en mettant davantage l’accent sur la contribution de la planification familiale à l’atteinte du dividende démographique.

C’est un défi majeur pour le gouvernement du Bénin qui mise sur les opportunités du dividende démographique pour booster son développement économique et social dans un pays où l’indice synthétique de fécondité (ISF) est estimée à 5,7 enfants par femme au niveau national. A ceci s’ajoute une forte fécondité chez les adolescentes de 15-19 ans (une fille sur 5 a déjà commencé une vie reproductive selon EDSB 2017).

Assurer un accès adéquat et gratuit à la contraception aux adolescentes favorisera la baisse du taux de fécondité dans cette tranche de 15-19 ans et réduira l’accroissement des grossesses précoces. Photo: Bismarck Sossa

Ces indicateurs traduisent que le niveau de fécondité est encore élevé au Bénin et sa maîtrise pour capter le dividende démographique passera inévitablement par un investissement sérieux dans la planification familiale.  « Avant de parvenir au dividende démographique, il faut forcément réaliser d’abord de ce qu’on appelle la révolution contraceptive…il faut  qu’au moins 50 à 60% des femmes en âge de procréer entre 15 – 49 ans puissent adopter une méthode moderne de contraception«  confie Nourou Adjibadé, point focal au Bénin de l’Alliance droits et santé.

En se dotant d’un plan d’action national budgétisé pour le repositionnement de la planification familiale, le Bénin comptait réaliser un exploit de prévalence contraceptive à deux chiffres. Passer à 20% en 2018. Visiblement, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Encore deux ans pour faire le bilan des engagements du FP 2020 ou d’ Addis-Abeba. Les décideurs doivent réactiver leur leadership en faveur de la planification familiale pour qu’en 2020, le Bénin ne plaide pas coupable du faible accès des femmes à la contraception.

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