Quand les femmes se libèrent de la dépendance financière et des violences conjugales grâce à la cantine scolaire

Que les enfants mangent un repas chaud chaque jour de classe à l’école, cela est une réalité avec le programme des cantines scolaires au Bénin. Ce qu’on ne voit presque pas, c’est comment les cantines scolaires favorisent indirectement l’autonomisation des femmes dans les communautés bénéficiaires.

Une vue du jardin de l’Ecole primaire publique de Lago à Dangbo. Photo : @WFP/Bismarck Sossa

L’exemple vient de l’Ecole primaire publique Lago à Dangbo, une commune de la vallée de l’Ouémé à quelques kilomètres de la capitale Porto-Novo. Chaque jour de classe, la cantine offre aux enfants de cette école un repas chaud à midi comme près d’un million d’autres écoliers du Bénin que touche le Programme national de l’alimentation scolaire intégré (Pnasi).

Pour que la cantine fonctionne, il faut des vivres. Les vivres, c’est le Programme alimentaire mondial (Pam) qui le livre dans les écoles. Le Programme alimentaire mondial est le bras opérationnel du gouvernement du Bénin dans la mise en œuvre de son initiative d’alimentation scolaire. Les écoles disposent de vivres tels que le riz, le maïs, le pois jaune, l’huile et le sel. Pour offrir un menu à base de ces vivres, la communauté scolaire devrait y apporter des condiments (tomate, piment, oignon, légumes…) qui ne font pas parti du panier alimentaire du Pam. Ces condiments sont achetés au marché proche de l’école où proviennent du jardin scolaire. A l’école primaire publique de Lago, « avant l’école achète les condiments au marché. Mais aujourd’hui, nous n’achetons plus. C’est dans notre jardin que nous prenons les produits et cuisinons pour nos enfants » raconte Elisabeth Bokpè, mère de quatre enfants dont deux dans l’école.

Elisabeth Bokpè est la présidente du groupement féminin « Mahukpégo 1 » (Dieu le peut pour une traduction littérale). C’est un groupement actif de 30 femmes qui entretient un jardin scolaire pour l’école et développe des activités génératrices de revenu pour soutenir le fonctionnement de la cantine scolaire. « Quand la cantine est venue dans notre école, nous avons renforcé les activités de jardinage parce que nous sommes heureuses que la cantine arrive chez nous » avoue Elisabeth.

Grâce à la cantine, Elisabeth et les autres femmes de son groupement ont fait de l’école un point d’entrée pour renforcer la pratique de connaissances acquises sur le maraîchage. « Dans notre jardin aujourd’hui à Lago, vous verrez une variété de légumes qui sont prioritairement destinés au repas de nos enfants » explique-t-elle. On y découvre plusieurs spéculations allant de la tomate au basilic en passant par le piment, le gombo, la grande morelle, la citronnelle, l’amarante, le moringa qui entrent dans la préparation du repas journalier des enfants. « C’est une grande opportunité pour nous et nous devons surtout remercier le Pam car il a renforcé nos capacités à travers des formations qui nous ont permis d’entretenir autrement notre jardin » soutient la jeune mère.

Travailler pour le jardin scolaire est bénévole mais on y gagne de l’argent…

L’engagement d’Elisabeth autour des activités liées à la cantine réside dans l’assurance qu’à l’école, ses deux enfants mangent un repas sain et nutritif concocté à partir des vivres du Programme alimentaire mondial et des produits frais issus du jardin scolaire où elle travaille avec ses camarades. Cet engagement est renforcé par le fait qu’au-delà des repas, elle s’assure aussi une source de revenu pour ses besoins personnels et de moins en moins financièrement dépendante.

Elisabeth Bokpè, une femme très engagée au service de la cantine scolaire de l’EPP Lago. Photo : Jonas H.

En réalité, les activités de pérennisation qui s’organisent autour des écoles deviennent parfois des opportunités pour les femmes engagées qui ont pris conscience des possibilités qu’offrent la présence d’une cantine scolaire dans une communauté. C’est le cas avec le groupement d’Elisabeth qui s’assure une source de revenu à partir de la vente du surplus de la récolte des produits issus du jardin scolaire de l’école primaire publique de Lago.

« Le surplus que nous vendons, nous divisons le revenu en trois. Une partie est consacrée au fonctionnement de la cantine, une partie est reversée à la caisse du groupement et la troisième partie est partagée entre les membres » détaille Elisabeth insistant qu’avec ce revenu, elles sont économiquement libres dans leurs ménages.

« Je peux vous dire qu’on est l’aise avec ce qu’on fait. Nous sommes libres »

« Avant, si nos maris ne donnent pas de l’argent pour les dépenses du ménage, il fallait attendre…S’il rentre et tu demandes de l’argent, il peut dans une humeur massacrante vociférer contre toi et dans sa colère t’asséner une gifle » argumente la présidente pour justifier comment les revenus issus des activités du jardin favorisent une certaine liberté financière aux femmes de l’association et les mettent à l’abris des violences conjugales.

Dans les ménages à faible revenu, la dépendance économique de la femme envers son mari exacerbe sa vulnérabilité et la rend sujette à diverses formes de violences dont les injures, coups, humiliations, privations sont les plus courantes. Avec les activités qui se créent autour des cantines scolaires, les femmes dans des conditions de vulnérabilités peuvent avoir un revenu et contribuer aux dépenses de leurs ménages. “Quand nous travaillons dans le jardin, les revenus issus de la vente des produits font que nous n’attendons plus forcément la contribution de nos maris avant de manger » assure Elisabeth.

Ces produits disponibles à la vente sont le fruit du travail des femmes de l’association Mahukpégo que dirige Elisabeth. Photo: @WFP/Bismarck Sossa

A l’image d’Elisabeth Bokpè et de son groupement, des exemples de changements positifs qui s’opèrent dans la vie des femmes organisées autour des cantines scolaires existent dans d’autres communautés. Des impacts indirects du programme des cantines scolaires dans les communautés qui vont au-delà de nourrir les enfants à l’école.

Depuis que le Programme alimentaire mondial achète des vivres auprès des petits producteurs locaux, des femmes productrices organisées autour des coopératives ont vu leurs revenus améliorés et leur autonomisation renforcée. Leurs capacités à contribuer dans l’éducation de leurs enfants, les soins de santé et dans leurs ménages deviennent évidentes. “ […] comme vous le savez, si les femmes ont une certaine autonomie, des revenus, cela joue fortement sur les conditions de vie des ménages de façon globale […]. C’est pour cela nous sommes engagés à améliorer les conditions des groupements pour que les productions puissent être améliorées et que nous puissions de plus en plus avoir une part importante des achats locaux, une part importante de l’apport des groupements au niveau local » analyse Ali Ouattara, Représentant Résident du Programme alimentaire mondial au Benin.

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