Economie | activités en baisse, ménages secoués, chômage temporaire…comment le corona virus impacte les populations à la base

Le 16 mars 2020, le Bénin annonce son premier cas de patient détecté positif au corona virus. Puis deux, puis trois…Le gouvernement dans sa stratégie de riposte isole 15 communes des 77 que compte le pays et prend une série de mesures pour prévenir toute propagation du virus au sein des populations. Dans les communautés, entre vivre avec la menace du corona virus et se battre pour les besoins quotidiens, plus rien n’est comme avant. La vie économique des populations aux revenus faibles a viré de la normale…

Le marché Ouando de Porto-Novo le 20 avril 2020. Photo: Bismarck Sossa

Plus de 20 jours déjà que Sessimè n’a pas quitté Vakon, son village situé dans la commune d’Akpro-Missérété, l’une des communes inclue dans le cordon sanitaire en riposte au corona virus.  Vendeuse de purée de manioc communément appelée « ayan » au marché international de Dantokpa à Cotonou, plus de 20 jours déjà qu’elle jongle entre Vakon et le marché de Ouando à Porto-Novo à contre cœur car « pas de jour où je ne retourne pas à la maison avec de la purée » raconte-t-elle.

En réalité, Sessimè, comme plusieurs autres femmes des communes comme Missérété, Adjarra, Avrankou, Porto-Novo, Sèmè-Kpodji, voyage chaque matin sur Cotonou pour vendre sa purée de manioc. Ce repas traditionnel pourtant consommable localement doublent presque de prix une fois à Dantokpa ou dans les grandes agglomérations de la ville de Cotonou. Ainsi, « La quantité de purée que je vends pour 50 FCFA maintenant peut être servie à 100 F voire 125 F à Cotonou. Ici les gens n’achètent pas ou se plaignent que c’est peu » se désole Sèssimè, très ennuyée, le regard plongé dans le vide car elle retournera encore avec sa marmite de purée dans son village le soir…avec beaucoup de purée malheureusement.

« Elle n’est pas seule ! C’est nous tous ici » lance sa copine, une jeune femme nourrice qui brise la confidentialité de la conversation avec Sèssimè. « Je suis ici depuis 9 h je n’ai pas encore vendu 500 F d’akassa et voici le plastique de friture encore plein » se plaint Julie, la compagne de Sèssimè habituée à vendre aussi sur le marché de Cotonou. Depuis qu’elle ne voyage plus pour son commerce d’akassa et de friture, la vie n’est pas au sourire. « Si j’étais à Cotonou à l’heure-là, je saurai déjà où j’en suis pour ma journée ». A Porto-Novo, l’akassa (pate d’amidon de maïs) est un aliment très populaire. La boule se vend à 25 FCFA l’unité. Les femmes entreprenantes comme Julie transportent des paniers chaque matin sur Cotonou où la boule sera vendue aisément à 50 FCFA l’unité. Cette réalité est bouleversée depuis plusieurs jours et son activité génératrice de revenu saigne.

Cotonou est l’eldorado…mais pourquoi ne partent-elles pas ?

La descente aux enfers de ces femmes habituées à vendre sur le marché de Cotonou a commencé quand le gouvernement a mis en place un cordon sanitaire autour de 15 communes et interdit les transports en commun les plus populaires.

A Porto-Novo, les bus de 20 places, véritables moyens de transport entre la capitale et Cotonou, sont tous aux arrêts. La même mesure restreint à trois passagers le nombre de client pour les taxis de cinq places. Résultat direct, le coût du voyage Porto-Novo – Cotonou flambe de 1000 F à 1500 F par passager pour les taxis de cinq places (petites voitures). Quant au bus, c’est tolérance zéro pour ces engins qui dépannent les voyageurs à un coût de 500 F par passager.

« Alors comment puis-je prendre un taxi à 3000 F en aller-retour pour une marmite de purée de manioc ? Pour gagner combien finalement ? » S’interroge Sèssimè.

Le parc à bus de Ouando (Porto-Novo) entièrement désert le 20 avril 2020. Tous les bus ont dégagé et le parc sans vie. Photo: Bismarck Sossa

C’est l’argument qui justifie l’arrêt des activités de ces femmes qui vendent sur la ville de Cotonou qui leur offre l’environnement des affaires auquel elles sont habituées depuis des années. Le transport par bus leur revient à 1000 F par jour et elles s’en plaignent pas. Depuis que les bus sont aux arrêts, c’est à croire que le monde est à la renverse pour les femmes aux petits commerces. Aucune chance de faire les mêmes bénéfices avec une augmentation du cout de transport à 300%.

Les chauffeurs de bus en difficulté financière…

« Pour manger, c’est difficile ! » C’est une phrase choc du témoignage de Ossè Félicien, conducteur de bus sur l’axe Porto-Novo-Cotonou. Il est sans activité depuis plusieurs jours et vit le verrouillage de sa principale source de revenu avec courage dans l’espoir que la restriction soit levée le plus tôt possible. La réalité n’est pas la même pour Valère Zannou. Chauffeur d’un taxi de cinq places sur le trajet Porto-Novo-Bohicon, l’activité de Valère est aussi à l’arrêt car selon les mesures du gouvernement, la ville de Bohicon étant en dehors du cordon sanitaire aucun citoyen ne devrait y entrer. La conséquence, les conducteurs de taxi sur les axes dont les destinations sont hors du cordon sanitaire sont temporairement au chômage.

Corona virus : Les chauffeurs en difficultés économiques [Vidéo]

Quand bien même que Cotonou ne soit pas le marché principal pour d’autres petites commerçantes, la vie n’est pas si rose. La vie économique qui tourne autour du marché de Ouando dans le 5e arrondissement de Porto-Novo se trouve impacter par les restrictions liées au corona virus.

« Du mouvement au marché mais les ventes ne suivent pas… »

« Vous voyez du mouvement dans le marché mais on ne vend rien » se désole une vendeuse de légumes. « Les clients disent nous avons augmenté les prix or ce n’est pas ça » justifie-t-elle toute seule. En réalité, les prix des légumes connaissent une légère hausse du point du rapport quantité-prix. La plupart des petits producteurs agricoles qui fournissent les détaillants du marché Ouando en légumes proviennent des localités en dehors du cordon sanitaire (comme les communes de la vallée de l’Ouémé en exemple).

Même si d’une manière ou d’une autre les produits entrent sur Porto-Novo par des voies détournées, les restrictions liées au corona virus est un argument utilisé par les fournisseurs pour augmenter le prix de cession à la petite commerçante. En retour, le coût au détail influe sur le prix d’achat du consommateur final. Vendeurs et acheteurs s’accusent mutuellement !

« Nous sommes vraiment en souffrance… ». Témoignage de Reine Gbèssèmèhlan [Vidéo en langue Goun]

Sous titrage en langue française.

L’impact économique du Covid-19 sur les populations aux revenus faibles est à la fois direct et indirect. Les activités génératrices de revenu sont clairement aux ralentis et les finances personnelles sont impactées. Les ménages tiennent encore le coup entre crainte et espoir. La seule question actuelle est : jusqu’à quand faut-il tenir ?

Bon à savoir

Le cordon sanitaire est composé de Cotonou, Abomey-Calavi, Allada, Ouidah, Tori-Bossito, Zè, Sô-Ava, Aguégués, Sèmè-Kpodji, Porto-Novo, Akpro-Missérété, Adjarra, Toffo, Kpomassè, Atchoukpa (arrondissement d’Avrankou)

A la date de publication de ce reportage, le Bénin a enregistré 54 cas positifs confirmés au corona virus. (20/04/2020)

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