Corrine BOCO : « Pour faire de la mode, rester dans la mode et vivre de la mode il faut de la patience, de la passion et beaucoup de travail »

La styliste Corine Boco.Photo: Leila Ali-Kékéré

La styliste Corine Boco.Photo: Leila Ali-Kékéré

Diplômée en section mode dans une école d’art de Paris depuis 1997, Corrine Boco est une styliste modéliste installée à Cotonou depuis maintenant 7ans. mamabenin.com est allé à sa rencontre pour découvrir son art et ses œuvres à travers sa marque « Sêmiliko »

Mamabenin : Bonjour

Corrine Boco : Bonjour mamabenin

Mamabenin : Vous êtes styliste, modéliste, fondatrice de la marque « Sêmiliko ». Que signifie « Sêmiliko » et pourquoi « Sêmiliko » ?

Corrine Boco : « Sêmiliko » est mon premier prénom d’où ce choix comme nom de ma ligne. En fon intégral c’est «Sêmiliko kèmangba » qui veut dire « ce que le destin a modelé nul ne peut le défaire »

D’où vous est venue cette passion pour la mode ?

Corrine Boco : D’aussi loin que je me souvienne. La mode m’a toujours intéressée et je pense même que c’est quelque chose qui était déjà écrit (rires)

Quel chemin avez-vous suivi pour devenir styliste ?

Corrine Boco : Après mon Bac Techniques Commerciales, j’ai intégré une école de commerce dans le but d’obtenir un BTS option « Actions Commerciales », mais avant la fin du premier trimestre j’ai décidé de décrocher et de m’inscrire dans une des écoles d’art de Paris. Je ne vous cache pas que si cela était à refaire, j’aurais terminé avec mon BTS Actions Commerciales avant de commencer avec le stylisme parce qu’il est toujours bien d’avoir une formation en marketing pour gérer une entreprise.

Quelles sont les caractéristiques de vos vêtements ?

Corrine Boco : Depuis l’école, j’ai toujours créé des vêtements ayant des coupes occidentales auxquels j’ajoutais ma touche ethnique. J’utilisais des imprimés wax dans mes réalisations, que cela soit aussi bien pour la collection d’été que pour celle d’hiver, dans mes vêtements je prône l’élégance et la simplicité parce que j’estime qu’un vêtement ne doit pas être trop extravagant mais plutôt confortable lorsqu’on le porte. Ma cible a toujours été la femme active, dynamique et moderne qui soit aussi bien sur le continent africain que sur les autres continents. Chacune de ces femmes doit pouvoir se retrouver dans au moins une ou deux pièces de la ligne Sêmiliko parce que, n’oublions pas que le vêtement est un mode d’expression et que chaque occasion a son code vestimentaire. Dans la ligne Sêmiliko vous pouvez trouver des vêtements de jour pour aller travailler, des vêtements décontractés pour le week-end, des vêtements de soirée et des vêtements pour les cérémonies. En ce qui concerne les matières, tout dépend de mon inspiration, de l’endroit où je me trouve. C’est pourquoi quand je suis dans un pays, j’aime découvrir ses différents matériaux pour les exploiter. Quand j’étais au Sénégal, c’est le cas de le dire, je travaillais beaucoup sur les matériaux comme le bazin, les tissus en lin et les tissus en coton sur lesquels je faisais teindre mes propres imprimés que je dessinais. Au Bénin, nous avons une variété de pagne wax et puisque c’est ce que les gens consomment le plus je m’adapte tout en donnant mon identité au produit.

Qui est votre source d’inspiration dans le milieu de la mode ?

Corrine Boco : A mes débuts j’étais très inspirée par Jean-Paul Gaultier parce qu’il est avant-gardiste et très novateur. Thierry Mugler est également un créateur de qui je me suis inspirée parce qu’il sait travailler la matière ainsi que ses coupes et on arrive à voir la structure de ses vêtements sans qu’ils ne soient portés par des mannequins. Un autre que je ne manquerai pas de citer, c’est Gianfranco Ferré, un vrai génie de l’ancienne génération. Il faisait tout simplement vivre le vêtement à travers ses créations.

Quelles sont les qualités nécessaires pour percer dans le milieu de la mode ?

Corrine Boco : La mode est un milieu très difficile de par la rareté des centres de formations dans nos pays africains, de par le coût des formations pour devenir styliste. Je me rappelle qu’à l’époque, certains de mes camarades faisaient des prêts à la banque pour payer leurs études, sans oublier les préjugés concernant les métiers dit « sans avenir ». Je dirai donc que pour faire de la mode, rester dans la mode et vivre de la mode il faut de la patience, de la passion et beaucoup de travail.

Quels sont les problèmes auxquels vous êtes confrontés dans votre secteur d’activité ?

Corrine Boco : Dans mon secteur d’activité le problème majeur qui subsiste demeure la non-assistance de l’Etat. Pour nous qui avons été formés en dehors du pays, il nous aurait été plus facile d’y rester à cause des nombreuses opportunités que nous avons pour travailler mais nous choisissons de rentrer chez nous pour apporter notre pierre à l’édifice et je trouve que l’Etat devrait plus nous assister. On ne peut pas par exemple être un pays producteur de coton et se contenter de cueillir le coton et de le vendre brut. Le manque de matériaux dans le pays limite énormément notre créativité. J’aimerais pouvoir faire de beaux boutons, de belles garnitures dans différents matériaux mais je n’arrive pas à trouver ce dont j’ai besoin, ce qui fait que tout le monde se réfère aux mêmes choses et on a souvent l’impression de faire pareil.

Que pensez-vous des actions que mènent les femmes en faveur de la mode au Bénin ?

Corrine Boco : Il y a de plus en plus d’initiatives venant des femmes dans le milieu de la mode au Bénin. Cela montre clairement que nous avons énormément de talents ; ce qui reste à encourager pour que la relève soit réellement assurée.

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes femmes désireuses de se lancer dans le milieu de la mode ?

Corrine Boco : La mode est vaste et il faudrait qu’elles sachent ce qu’elles désirent faire dans la mode. Pour devenir styliste, il faudrait d’abord qu’elles évaluent leurs capacités et leurs compétences. Tout le monde veut être médecin par exemple alors que tout le monde ne supporte pas la vue du sang. Le métier de styliste demande beaucoup de soi, il faudrait déjà à la base, avoir la capacité de dessiner, être quelqu’un qui éprouve une certaine sensibilité face aux couleurs, aux matières, aux vêtements etc. En gros avant de penser à faire du stylisme il faudrait s’auto-évaluer pour voir si on est prédisposé à la chose. S’il arrive qu’après auto-examen on se rend compte qu’on a vraiment des attirances pour le stylisme, il serait bien de s’y lancer pour ne pas avoir des regrets, tout en commençant par la recherche d’une formation adéquate.

Quelles sont les projets d’avenir que vous avez pour votre marque ?

Corrine Boco : Alors mes projets d’avenir pour Sêmiliko ?! En faire une multinationale déjà (rires). Il faut voir grand, il ne faut pas se donner de limites. Par ailleurs, je prépare une collection pour une marque dont le lancement se fera bientôt.

Mamabenin : Nous sommes à la fin de notre interview, merci Corrine Boco de nous avoir accordé votre temps et bonne chance à vous pour la suite.

Corrine Boco: Merci à vous pour votre intérêt, ce fut un plaisir. A très bientôt !

Interview réalisée par Léila Ali-Kékéré

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